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COMPTES DE TEMOIN
D'OEIL
MUHAMMED REÞÝT GÜLEÞER
Nom du père : Abdullah
Nom de la mére : Habibe
Lieu de naissance : Van
Date de naissanee: 1900
J'avais 15-16
ans, j'étais un élève de l'Ecole d 'Instituteurs au moment
des atrocités. C'est pour cela que je me rappelle si bien
les événements. Nous vivions en paix et avions de bonnes relations
de voisinage avec les Arméniens dont le nombre était de 17.000
âmes au début de la Première Guerre Mondiale. Nous les traitions
bien. Mais à partir de la proclamation de la deuxième Constitution
(1908) les Arméniens avaient commencé à commenter à leurs
seuls profits les principes de liberté et d'équité et à se
montrer intraitables. Leur chef était un nommé général Aram
qui, faisait partie de la commission de communication, crée
pour obtenir le renversement du Sultan Abdülhamid, et qui
avait constitué à Van une organisation secrète, dont les éléments
creusèrent des tunnels, commençant dans une cave à côté de
la Grande Mosquée, allant vers la ville ancienne près de la
forteresse, à tel point qu'on pouvait passer à cheval dans
ces tunnels. On a par hasard découvert un jour ce tunnel grâce
à une sentinelle parce qu'il y a eu un effondrement à cet
endroit. On a même pris le général Aram dans une cave près
de la Grande Mosquée, mais personne lui a rien fait en raison
de la politique d'alors et on l'a relâché.
En résumé,
les Arméniens s'étaient bien organisés. Du reste, comme ils
tenaient la vie commerciale en mains, ils étaient riches.
A partir du moment où 1'on
accepta les
Arméniens et les Juifs au service militaire, les Arméniens
se joignirent avec leurs armes à la division qui quitta Van.
Nos soldats avaient des fusils primitifs allemands, fabriqués
de fer brut, avec lesquels, lorsqu'on tire quatre fois, la
cinquième balle tombait devant soi. D'après ce que nous avons
entendu de Hacý Latif Efendi et des autres, les Arméniens
de la division de Van frappaient dans le dos nos soldats.
Plus encore les soldats turcs blessés, venant du Front de
l'Est, traités dans les hôpitaux de Van, furent empoisonnés
par les infirmères et les docteurs arméniens.
Quant à la
situation de Van, les Russes avançaient par trois côtés, Muradiye,
Özalp et Baþkale. Les Arméniens s'insurgcrent dans la ville
et faisaient la guerre depuis vingt neuf jours contre la population
musulmane. Nous avions trois casernes, Haci Bekir, Aziziye
et Toprakkale, ou une escouade de dix soldats montaient la
garde. Attaquant par surprise ces casernes, les Arméniens
égorgcrent nos soldats comme des moutons et l'oncle de notre
voisin, Ali Çavus, y fut martyrisé. Lorsque nos soldats peu
nombreux s'efforçaient, de faire la guerre, les Arméniens
trouaient les murs avec les machines, tiraient partout, en
arrosant de pétrole, enflammaient tout et descendaient ensuite
dans le tunnel. Durant vingt neuf jours ces attaques cruelles
se poursuivirent sans cesse. On a enfin donné l'ordre de partir
pour sauver ce qui restait de la population musulmane. Nous
sommes partis, ceux qui avaient des chars, dans les chars
et ceux qui n’en avaient pas, r pied. Les gens abandonnaient
en route leurs enfants et périrent de faim et de maladie épidémique.
Il faut ici
rappeler que les Arméniens ont commis des atrocités horribles
non seulement au centre meme de Van, mais aussi dans les villages
tout entiers. Tout en entassant des herbes dans les maisons
des villageois musulmans de Týmar, Baþkale, ils y mirent le
feu et massacrèrent par balles ou baïonnettes ceux qui voulaient
fuir dehors. Les Musulmans de sept villages combattirent les
Arméniens à Zeve et lorsqu'ils perdirent, ils ont tous été
massacrés par les Arméniens sauf quelques musulmans. Dans
ce village, où fut dressé un monument, reposent en paix les
martyrs d'alors.
Douze bateaux
furent assignés pour ceux qui émigraient de la région, dont
quatre pour les employés de Van et leurs familles. Naturellement
les marins étaient des Arméniens. Les bandes arméniennes,
qui ont fait débarquer tous les passagers avec l'aide de ces
marins à l'île d'Adýr, les massacrèrent tous. Les passagers
des huit autres bateaux ont été attaqués par les Arméniens
rassemblés dans une île près de Tatvan, mais lorsqu'ils ont
répliqué par les armes ils ne se sauvèrent qu'en perdant quelques-uns
des leurs.
Lorsque nous
avons émigré de Van, nous sommes partis d'abord pour Bitlis,
ensuite pour Diyarbakir. Nous avons vu tout au long de la
route les restes d'atrocités arméniennes. A notre retour à
Van, des années après, nous avons entendu, toutes les atrocités,
accomplies par les Arméniens, dont je parlerai ici. Dieu nous
en garde! Il y avait un Ýsa Hoca, agé plus de cent ans. Les
Arméniens l'avaient fait monter sur un âne et fait promener
dans les rues. Il attaquèrent les maisons à l'improviste et
les saccagèrent, emmenant les femmes et filles chez Ziya Bey,
où ils les violèrent. Ils remplirent les puits avec les corps
des ces mutilés qu'ils avaient tués. Ils en remplirent méme
les puits de notre Mosquée. A sa première rentrée à Van, Cevdet
Paþa, envoya à Diyarbakir, en les confiant aux gendarmes,
les cent trente femmes dont les maris étaient en guerre, qui
n’avaient pas de bêtes à monter et qui étaien tombées prisonnières.
Les trente autres de ces femmes habitaient même chez nous.
Elles gagnaient leur vie en filant la laine. On leur donnait
également leur ration. Elles racontaient les mille atrocités
et tortures des bandes arméniennes qu'elles avaient endurées,
qu'on avait écorché vif les hommes, qu'on leur avait coupé
1es membres, qu'on avait violé leurs femmes et qu'on les avaient
emparées.
Nous sommes
rentrés à Van quatre ans plus tard, et nous y étions déjà
depuis deux ans, lorsque nous avons été obligés d'émigrer
à cause de l'occupation russe et sommes restés encore deux
ans à Siirt. A notre retour, deux cents à deux cent cinquante
familles arméniennes s'entassaient sur l'île de Çarpanak.
Ils espéraient que les Turcs partiraient un jour définitivement
et qu'eux-mêmes s'installeraient à Van. La plupart d'entre
eux étaient des hommes de métier. Mais quelque temps après,
ils furent envoyés sous la surveillance du Gouvernement Turc
à Revan.
Occupée sept
fois par des ennemis, Van a été complément détruite. Nous
l'avons reconstruite.
ÞEYH CEMAL TALAY
Nom du père : Cimþid
Nom de la mère : Fatma
Lieu de naissance : Van
Date de naissance : 1901
Les Arméniens
recevaient des armes et des munitions russes. Incités et encouragés
par les Consulats anglais, français et américains et armés
par les Russes, les Arméniens s'exaltaient dès le début de
1915. J'avais 14 ans à ce moment-là. Les Russes fournissaient
des armes clandestinément. Les Arméniens s'armaient et s'équipaient
de plus en plus grâce aux armes modernes russes, envoyées,
dans les colis de sucre, de gaz, de Russie jusqu' au port
de Trabzon, et de là, à Van par des caravanes de chameaux.
On acheminait les marchandises en caravanes à Hangevenk (la
place de l'ancienne ville, détruite par les Arméniens) et
on donnait secrètement des armes aux milices arméniennes dans
les fers-blancs de gaz. Le leader des rebelles arméniens à
Van était le général Aram, mais je ne me rappelle pas le nom
du chef du Taschnaktchoutioun. Tous réclamaient des territoires
en prenant Van pour capitale. La onzième division était en
fonction à Van. Cette force militaire est partie à Erzurum
à la suite de la mobilisation générale. Encouragées par ce
fait, les bandes arméniennes avaient augmenté leurs méfaits
et commencé à commettre des atrocités envers la population
musulmane.
Les bandes
attaquaient par surprise les villages et les quartiers musulmans.
Nous avions contre eux une force de milices, composée de vieillards,
non partis au front, ou des plus jeunes, non-admis au service
militaire, sous le commandement d'Ýmam Osman Hoca de Diyarbakýr.
Je vous raconterai maintenant l'un des événements dont je
me rappelle. Nous allions ensemble à l'école avec les Arméniens.
Certains élèves des comités arméniens avaient pris l'un de
nos amis, Rüþdü, de chez lui sous prétexte de l'emmener faire
des études à l'école qui se trouvait à côté du siège du gouvernement.
lls ammenèrent l'enfant au pont d'Isýtma près du marché d'industrie
et l'ont tué après l'avoir insulté et souillé. Sa famille
a retrouvé le lendemain son corps et on a composé pour lui,
une chanson:
Je suis monté
sur la voiture, la taille courbée,
Un cavalier,
cruel, m'a abattu, le sang a coulé.
J'ai cherché
et n'ai pas trouvé de remède à ma souffrance, de firman à
mon destin.
Oh! Oncle Mahmud!
Relève-moi.
J'ai cherché
et n'ai pas trouvé de reméde à ma souffrance, de firman à
mon destin.
Soulagez ma
tête pour me sauver la vie.
Nos soldats
étaient à la caserne de Mahmut Aða située en face de l'hôpital
d'Etat de Van. Ils montaient la garde à la veille de la guerre
contre les Arméniens, qui s'étaient préparé la nuit et pris
position en faisant une percée dans les murs du siège du gouvernement.
Tandis que nos soldats faisaient leur ablution à l'eau courante,
près de la caserne, pour la prière du matin, les Arméniens
les soumirent à une pluie de balles. Plusieurs d'entre eux
furent martyrisés sur place. On peut dire qu'à partir de ces
événements, la guerre fut déclarée entre Musulmans et Arméniens.
Tout le monde était dans la rue. La désordre régnait partout.
Nous sommes aussi partis pour l'école, où nous avions deux
instituteurs, dont l'un était de Salonique, l'autre d'Edirne.
Ils nous ont dit "Allons les enfants, l'école est en
vacances, pardonnnos-nous, peut-être, ne nous reverrons-nous
jamais" et ils nous ont conseillé d'aller chez nous par
des chemins secondaires afin que nous ne soyons pas la cible
des balles arméniennes. Nous nous sommes éloignés de l'école,
quelques amis s'en allèrent par l'ancien chemin. Nous avons
vu que l'on distribuait des armes et des munitions du dépôt
de Tebrizkapý aux Musulmans afin qu'ils les utilisent contre
Ies bandits arméniens. A ce moment là, nous avons vu quelques
Arméniens montant à la forteresse. Nous en avons averti le
distributeur d'armes. En laissant par terre la caisse d'armes,
il ouvrit feu sur les Arméniens à un l'endroit appelé Analýkýz.
Les Arméniens se sont sauvés. La guerre a été déclarée le
3 avril 1915. Les Russes n'avaient pas encore dépassé le front
de 1914-1915, mais ils avaient cerné nos troupes en passant
par Çaldýran et Bahçesaray. Ils ont établi leur quartier général
au village de Molla Hasan. Nous, élèves et vieillards, avons
essayé d'emporter des armes et des munitions pour nos soldats,
mais nous n'avons pas pu avancer à cause du froid. La plupart
d'entre eux ont souffert le martyre en raison du mauvais temps.
Nous ne pûmes
partir nulle part. Mais au printemps, les Arméniens s'agitèrent
et le 10 mai 1915, les Russes partirent également pour Van.
C'est pour cette raison que nous avons émigré de Van sur l'ordre
du Gouverneur, Cevdet Bey. Nous nous mîmes en route avec tout
ce que nous pourions prendre dans cette situation de guerre.
Les atrocités arméniennes étaient d'une telle sauvagerie que
personne, vieillards, malades, prisonniers, femmes, enfants
ne furent épargnés et que même les Russes, les premiers à
soutenir les Arméniens, essayaient de les empécher d'accomplir
leurs méfaits.
Ma grende-mère,
Mihri, n'avait pu partir avec nous à cause de mon oncle paralysé.
Ma grand-mère, paralysée également nous a, plus tard, raconté
les événements. Les Arméniens coupèrent les moustaches de
mon oncle avec sa peau et le transportèrent à la maison de
Hacý Ziya Bey, devenue une prison. Ils firent preuve de la
plus ignoble barbarie jusqu'à l'arrivée des Russes.
Notre famille
émigra en un convoi de vingt trois personnes; nous avons perdu
la plupart d'entre elles sur les chemins de Bitlis et d'Urfa
et nous ne sommes revenus qu'à deux à Van. Notre première
station fut Bitlis, où nous sommes arrivés en onze jours.
Ensuite nous sommes repartis pour Siirt où nous sommes restés
deux mois environ chez nos parents. En apprenant l'arrivée
des Russes, nous nous sommes remis en route vers Diyarbakýr
en un convoi de deux cent cinquante personnes, qui ont péri
de soif et de faim. Par Kurtalan, nous sommes arrivés au village
Kebir, dépendant de Diyarbakýr, d'où nous sommes repartis,
en raison de la chaleur, pour Van. Arrivés à Zoh, dépendant
de Kurtalan, nous avons appris l'arrivée des Russes à Van
et sommes partis pour Siirt. Au printemps de 1916, nous sommes
partis pour Baghdad, mais apprenant l'arrivée des Anglais
de ce côté-là, nous sommes retournés à Mardin. Lorsque nous
sommes arrivés à Urfa, les Français qui y ramenaient des Arméniens
d'Alep, ont commencé à faire subir des atrocités aux Musulmans,
durant vingt deux jours nous avons combattu.
Le résultat
est bien connu, ils ont perdu. Nous sommes enfin retournés,
à Van en octobre 1921, là nous nous sommes séparés, le 20
mai 1915, comme deux frères, seuls rescapés, d'une famille
de vingt trois personnes. Van, devenue une ville en ruines,
brûlée, complètement démolie par les Arméniens, où seules,
les maisons arméniennes restaient debout. Craignant l'armée
turque, entrant à Van, use de représailles pour les atrocités
que les Arméniens avaient commises envers la population turque,
2.000 artisans arméniens se refugièrent dans l'île d'Adýr.
Le Gouvernement Turc leur donna la possibilité d'aller à Revan
et leur assurant la sécurité
SALÝH TAÞÇI
Nom du père : Mirza
Nom de la mère : Hane
Lieu de naissance : Van
Date de naissance : 1883
Recevant l'aide
des Russes, les rebelles arméniens ont déclaré la guerre aux
Musulmans avec lesquels ils avaient vécu ensemble durant des
siècles. Leur but était de séparer des territoires et de constituer
un Etat. En faisant des fortifications dans les caves, les
Arméniens s'y abritaient après avoir commis des crimes. Ils
perpétrèrent des atrocités horribles dans la ville, dans la
forteresse et dans les villages. Ils avaient comme chef un
général nommé Aram. Nous avons perdu la guerre contre les
Arméniens, riches en armes et en munitions. Etant donné nous
décidâmes alors d'émigrer sur cette situation défavorable
et de ne plus perdre d'hommes. Une partie de la population
partit par la voie terrestre pour Bitlis, l'autre par la voie
du lac mais ceux qui ne pouvaient partir, furent comlètement
massacrés. Les émigrés de Van se sont dispersés à travers
toute la Turquie, Bitlis, Diyarbakýr, Elazýð, Nazilli, Burdur.
Mais c'est dans les villages de Van que furent commises les
plus grandes atrocités.
Arméniens et
Russes coupèrent les routes, tuèrent les hommes et souillèrent
les femmes toutes propres. Les bandes arméniennes se massèrent
ensuite à Van, où elles poursuivirent leurs crimes. Cela a
été un grand fléau. Il y avait dans le temps des voiliers
dans le lac de Van dans lesquels les Arméniens jetaient les
gens lorsqu'ils se lassaient de les tuer. Ils clouèrent nos
hommes âgés au front et aux mains. Nous mêmes, nous nous sommes
défendus, nous avons combattu autant que nous avons pu le
faire. Chaque fois qu'il le fallait nous avons combattu. Etant
en dehors de la de guerre, nous n'avons touché à aucun Arméniens
ni aux femmes et ni aux enfants. Mais c'est l'Arménien qu'a
fait l'affaire arménienne. Lorsque je suis rentré de mon service
militaire (front iranien) 6 à 7 ans après, en 1921, j'ai trouvé
Van en ruines, les quartiers turcs incendiés par les Arméniens
et les Russes et les biens des Musulmans pillés. Mais on ne
voyait dans les quartiers arméniens aucune maison démolie.
Van était complètement vide. Petit à petit les Musulmans ont
commencé à revenir; tout le monde a reconstruit sa maison,
nous avons refait la ville.
BEKÝR YÖRÜK
Baba Adý : YusufDoðum Yeri
: VanDoðum Tarihi : 1900
Nous habitions
ensemble avec les Arméniens dans les mêmes quartiers. Nous
mêmes habitions avec eux le quartier Norþin et nous nous entendions
bien jusqu’r ce que les Russes interviennent. Incités par
les Russes, les jeunes gens arméniens organiscrent des comités
et commenccrent r s'exalter. Ils tucrent le commissaire Nuri
Efendi et le jetcrent dans la boue au marché, ils égorgcrent
l'employé de la poste r Haþbagi et mirent le téléphone sur
sa poitrine. Ils bombardcrent un bâtiment, qui sert aujourd'hui
de bain turc, sous les décombres duquel vingt personnes furent
martyrisées. La Constitution avait été déclarée, le müfti
et le prctre s'étaient serré la main et la fraternité entre
Musulmans et Chrétiens fut déclarée. Le gouverneur de Van
était alors Tahsin Bey. Le müfti serra la main du pretre en
pleurant. Cependant les événements se déroulcrent contre nous.
Les bandes s'excitcrent et 1a rébellion éclata. Nous combattîmes
avec les Arméniens durant vingt neuf jours r Haþbagi. Nous
n'avions pas d'armes. Aprcs le départ de la division militaire
en Erzurum, nous restions sans aucune protection. Les Arméniens,
au service amilitaire aprcs la proclamation de la Constitution,
nous ont tiré au dos avec nos propres armes. Ceux qui restaient
pour le service militaire ont fait de méme. Ceux qui habitaient
les quartiers musulmans, vieillards et enfants, patrouillaient
jusqu'au matin. Les bandes arméniennes bombardcrent entre
temps la caserne et les Russes leur envoyaient de l'or dans
des fers-blancs.
Ce combat dura
vingt neuf jours jusqu'r l'arrivée des Russes. Les Arméniens
âgés ne voulaient pas la guerre. Les gens les plus riches
et les plus prospcres de la ville étaient des Arméniens, qui
avaient environ 1.000 magasins, ou ils vendaient des étoffes
Européennes. C'étaient des commerçants et riches. Avec les
événements révolutionnaires, la population des villages et
des districts sont arrivées à Van et en deux jours, il n'y
avait plus de magasins.
Nous avons
ensuite émigrés sur cinquante voiliers, dont trois étaient
chargés de soldats blessés. Cevdet Paþa, le gouverneur de
Van, fdt embarquer au port la population et nous sommes partis
pour l'île d'Adir, ou les gamins arméniens s'entraînaient.
Nous y restâmes neuf jours. Certains voiliers furent brisés
par les vagues. Il y avait des puits et deux fourneaux dans
l'île et personne n'avait emporté riem en partant de Van.
C'est pour ça que nous avions faim et que nous étions abattus.
J'avais avec moi mon frcre officier, qui était rentré blessé
d'Erzurum avec un capitaine, qui pensait que les Arméniens
allaient nous égorger. Il nous a conseillé de nous éloigner
et nous sommes partis sur dix voiliers. Nous étions r peine
partis que le voilier échoua prcs d'Ahlat ou nous débarquâmes.
Nous arrivâmes difficilement le lendemain r Tatvan, et les
Arméniens mirent le feu partout juste aprcs notre départ.
Il y avait
r Van des soldats blessés, venus de tous les coins de la Turquie.
Les Arméniens incendicrent les maisons, utilisées comme hôpitaux,
ou l'on soignait les soldats blessés. C'est pour ça qu'r Van
se reposent les martyrs de soixante sept villes de Turquie,
ce sont donc des terres sacrées.
Mon oncle,
qui s'appelait Terren Aða, était très âgé. Nous n'avions pas
pu le transporter. Lui-même, son épouse, sa fille, ses deux
petits-fils, son gendre et le beau-père de sa fille, ne voulant
pas le laisser seul, restèrent la-bas et ils furent coupés
à la hache par les Arméniens, qui les jetèrent par la suite
dans le ruisseau. Sa deuxiéme fille s'était réfugiée à l'Ecole
américaine, qui, comme les consulats étrangers, fut évacuée
à la suite d'événements violents. Les Arméniens la jetèrent
du deuxième étage et la martyrisèrent. Nous partîmes de Tatvan
pour Bitlis, où nous restâmes un mois environ. A l'arrivée
des Russes, nous reprîmes la route pour Hizan, ensuite pour
Diyarbakýr. Après notre retour, mon oncle, Ömer Bey, commandant
de gendarmerie et vice-gouverneur, recevait des rapports sur
la situation. Lorsqu'un nommé Mansur Çavuþ, eut fait un rapport
à Ömer Bey, il éclata en sanglots. Lorsque nous lui en demandâmes
la raison, il a répondit ainsi: "Trois jours après l'évacuation
de Van, nous sommes allés inhumer les martyrs. Les Arméniens
avaient fait asseoir des centaines de femmes âgées sur les
piquets. Comme si elles étaient assises, la tête recouverte.
Lorsque nous les avons vues de près, nous nous sommes aperçu
qu'elles avaient été martyrisées en les faisant asseoir sur
des piquets. Nous avons vu, ailleurs, une femme à la poitrine
fendue sur laquelle on apercevait son enfant poignardé."
Des témoins musulmans rapportèrent en pleurant à Ömer Bey
ces ignobles barbaries, dont la mémoire humaine ne peut se
souvenir d'aucun exemple. Ömer Bey communiqua le fait à Mustafa
Kemal. Les Russes rentrèrent enfin dans la ville et eux mêmes
n'acceptèrent pas cette sauvagerie par laquelle le cinquième
de la population de Van avait perdu la vie.
A part les
massacres arméniens, plusieurs hommes et femmes trouverènt
la mort en émigration, dont la plupart en raison de la faim
et de la maladie. Personne n'avait rien emporté avec soi.
Lorsque nous
nous, rentrâmes à Van trois ans après, nous trouvâmes les
quartiers musulmans anéantis, démolis, mais ceux des Arméniens
étaient debout, en bon état. A notre retour, les deux mille
Arméniens restant à Van s'enfuirent dans l'île. Deux ans après
le Gouvernement Turc les envoya à Revan.
ÝBRAHÝM SARGIN
Nom du père : Halil
Lieu de naissance : Van-Zeve
Date de naissance : 1903
-Je suis du
célèbre village de Zeve, où les Arméniens ont commis d'ignobles
massacres.
-Quel âge aviez-vous
lors de la rébellion arménienne?
- J'avais alors
à peine 11 ans.
-Votre père
et votre mère étaient ils en vie?
-Oui, ils étaient
en vie.
-Ont-ils subi
les atrocités arméniennes?
-J'en parlerai
bientôt, mais je vais vous expliquer d'abord la situation
dans laquelle se trouvaient les Arméniens.
Nous savons
tous combien les Arméniens et les Russes d'alors étaient maudits
et désireux de frapper l'Etat ottoman dans le dos... Les Arméniens
riches payaient à l'Etat ottoman un impôt en or chaque année
et les pauvres n'en payaient que très peu. Les Sultans Hamid
et Reþad ont octroyé certains droits aux minorités. On disait
qu'Arméniens et Musulmans allaient étre désormais égaux et
frcres. On a promulgué les lois concernant ces droits. On
a battu la grosse caisse et on a joué du hautbois pour le
célébrer. Les imams et les prétres se sont serrés les mains
et embrassés. On a admis les Arméniens r faire leur service
militaire comme nous et r fréquenter aussi nos écoles13. Les
Arméniens étaient satisfaits de ces changements. Pourtant
les dirigeants se rendaient bien compte des méfaits des Arméniens
qui, à la première occasion, commencèrent à instaurer des
comités révolutionnaires, après quoi, ils se décidèrent à
demander de l'argent à la France et à l'Angleterre et des
armes et des munitions à la Russie, avec lesquelles ils frapperont
les Musulmans dans le dos et les Russes les frapperont au
front. Qu'est ce que les Russes ont fait à ce sujet? Ils ont
envoyé de Russie des armes et munitions et du gaz dans des
réservoirs aux Arméniens au moyen de chameaux. Ils ont envoye
aussi un nommé Aram, un borgne, ont nommé comme gouverneur
le général Aram (Aram Paþa), qui était un Arménien de Russie.
Ils ont amené dans la région de Muþ un certain Antranik, qu'ils
ont nommé aussi "général Antranik" (Antranik Paþa).
Il y avait également un certain Þahin au village de Karagündüz,
dépendant du district d'Erçek, qui était le chef des comités
arméniens. Ceux-lr instaurcrent des comités régionaux qui,
tuaient les Turcs et s'enfuyaient ensuite r la fronticre.
Ils venaient r cheval au village de Karagündüz et introduisaient
des bandits dans la région.
- Voulez-vous
répéter le nom du district, s'il vous plaît?
- Il s'appelle
Erçek.
- Souvenez-vous
des noms des comités et de leurs chefs?
- J' ai déjr
cité certains noms et je ne me souviens pas des autres. Mais
je puis dire qu'ils étaient armés et r cheval. Ils ont pris
d'abord le village de Sisanus comme abri, puis un autre village
complctement arménien qui était un port. Il y avait sur le
lac de Van plusieurs voiliers qui transportaient 500 à 600
passagers14. Les Arméniens transportaient des armes et munitions
sur ces voiliers à Adilcevaz, Ahlat, Erciþ, et Gevaþ et certains
autres r Tatvan et ensuite r Muþ et Bitlis. C'est comme celr
que les Arméniens se sont armés, ont formé des bandes et qu'ils
les ont cachées dans les îles d'Akdamar, de Çarpanak et de
Kadir. Ces bandes se disperscrent ensuite dans la région et
se mirent r insulter, r exciter la population et r collaborer
avec les Russes. Aprés la déclaration la guerre contre la
Russie, l'armée turque quitta la région et partit pour le
front du Caucase et de l'Iran et les soldats arméniens partirent
avec eux. On put voir pendant le combat que nos soldats étaient
frappés dans le dos. Etudiant la question, les docteurs et
Les commandants de l'armée s'aperçurent que les sodats arméniens
tuaient nos soldats dans le dos lorsque l'occasion s'en présentait.
Des milliers de soldats turcs furent ainsi martyrisés. Lorsque
l'on s'en rendit compte, on arreta les traîtres et certains
autres s'enfuirent daus l'armée russe. La guerre continua
un an et demi, nos soldats, frappés de front et dans le dos
durent se retirer. Les Russes avanccrent jusqu'r la plaine
de Çaldiran, ou un régiment de tribus, instauré au temps d'Abdülhamid,
renforcé pendant la Premicre Guerre Mondiale, défendait la
région.
Apprenant l'arrivée
des Russes jusqu'r Çaldýran, un villageois dit au préposé
du village "Pourquoi labourez-vous vos terres? Les Russes
sont venus jusqu'à Çaldýran et dans quelques jours ils arriveront
dans notre village. Dépêchez-vous, enfuyez-vous, sinon vous
serez tués." Devant cette situation les villageois se
rassemblent, prennent un peu de vivres et de couvert et partent
pour Van. Arrivant à Zorava, qui est un village caurcassien,
ils donnet aux villageois des nouvelles du temps: "Les
Russes seraient arrivés jusqu'à Çaldýran et marcheraient sur
Muradiye. Nous iront à Van." Après quelque réflexion,
les villegeois partirent aussi. Les huit villages sur le chemin,
Hakis, Zarava, Derebey, Þýh Ömer, Sýhkara, Þýhayne, Hýdýr,
Göllü, se joignent ainsi au convoi, sans avoir eu connaissance
de l'évacuation de Van par les Turcs. Arrivant à la plaine
d'Everek, ils voient des Arméniens qui leur demandent où ils
vont. Les nôtres disent "Nous partons pour Van, nous
irons là où les Vanois émigrent. Les Arméniens répondent en
les blasphémant: "Oh hommes imprudents!... Les Turcs
ont quitté Van il y a six ou sept jours et ont émigré. L'ère
de Cevdet Paþa est finie. C'est maintenant le temps d'Aram
Paþa15. Nous avons égorgé tous les Turcs de Van, blessés,
hospitalisés, femmes et enfants; nous avons démoli toutes
les mosquées et brû lé les casernes. Nous avons massacré tous
les Musulmans, sauf 20 à 30 femmes que nous avons offertes
à Aram Paþa." Devant cette situation grave, Çerkez Ibo
proposa d'aller immédiatement au village Zeve, qui est le
mien. "Le village de Zeve, disait-il, est plus prcs du
lac. Nous y trouverons des voiliers avec lesquels nous sauverons
nos familles, sinon nous serons prisonniers."
Ce convoi qui
comprenait plus de 2000 personnes est ainsi arrivé r notre
village. Lorsque nous leur avons demandé ce qui se passait,
ils ont répondu: "Nous al lions r Van. Les Arméniens
nous ont coupé le chemin. On nous a dit que les habitants
de Van ont émigré et nous sommes arrivés r Zeve afin de trouver
un voilier pour nous sauver."
C' était le
printemps, Bien que ce ne soit pas sans diffdculté, nous installâmes
les arrivés dans les maisons, des granges et des tentes, une
population donc de 2000 venus, 500 villageois de Zeve et,
en plus, beaucoup de soldats blessés ou mutilés de notre village,
venus auparavant dans notre village, dans une situation lamentable,
cheveux et barbes mélés, vêtements usés, déchirés, corps pleins
de poux, gros comme des tiques de moutons. Nous les avions
déjà installés quelque part, dont mon frère aîné Necip, mon
cousin Mustafa, mon oncle Mehmet, mon cousin Ýlyas, Recep
Çavuþ, fils de Þaban Aða, Seyyat Onbaþý, fils de Acemoðlu
Mustafa, Þükrü Çavuþ, fils d'Acemoðlu Emrah. Ils étaient maigres
comme des squelettes. Nous les déshabillâmes, brûlâmes leurs
vêtements et leur arrachâmes les poux se trouvant à leur taille
et sur leur dos. Mon oncle était un bon coiffeur, il prit
son rasoir en main. En leur lavant d'abord la tête avec de
l'eau chaude, il leur rasa les cheveux et les barbes. Le sang
des poux leur coulait sur les visages. Cela les rassura quelque
peu.
Deux jours
s'ecoulèrent ainsi et le troisième jour, l'Ýmam Server Hoca
avait appelé comme d'habitude les Musulmans à la prière du
matin, certains priaient et certains autres s'occupaient de
leurs affaires, lorsque le cri d'une femme leur parvint de
l'autre côté de la rivière qui coule au millieu du village,
venant de la frontière iranienne et qui, au printemps avec
les neiges fondant, devient comme un lac. La femme disait
"pour l'amour de Dieu, n'y a-t-il personne pour me faire
passer de l'autre côté? Mon oncle monta à cheval et passa
à l'autre côté. Il connut la fïlle d'Acemoðlu Ahmet Aða et
lui demanda ce qui se passait. Elle s'était mariée au village
de Molla Kasým. Elle dit "Monsieur, emmène-moi sur l'autre
rive, je vous raconterai tout. Mon oncle la monta sur le cheval
et l'amena de ce côté. Tout le monde s'était rassemblé, elle
leur a dit "Faites vite, les Arméniens ont massacré les
villageois de Hamid, de Molla Kasým et d'Ayanos, aujourd'hui
ou demain ils seront là, dépêchez-vous". Server Hoca
dit alora "Mes amis, nous sommes Musulmans, notre religion
ne nous permet pas de mourir sans nous défendre. Regardez,
nous avons 60 fusils et 20 caisses de munitions. Nous avons
également 9 soldats armés, défendons-nous. Le cousin de mon
père, chef des milices auprès de Cevdet Pasa, nous avait envoyé
ces fusils et munitions de Van.
Tout le monde
accepta cette proposition et prit position aux sommets, au
dessous desquels se trouvent le pont et la prairie. Nous attendions
les Arméniens. Ils vinrent enfin, cernèrent le village en
trois endroits et attaquèrent. Nous répliquâmes. Nous nous
battîmes jusqu'à midi. Nous nous jetâmes sur les Arméniens
en disant "Allah Allah", et ils s'enfuirent, les
uns au village de Mermit, les autres au village de Vadar.
Ils emmenèrent les Arméniens du village Alay, où habitaient
400 familles arméniennes. Les Musulmans emmenèrent les Arméniens
du village Alay où habitaient 400 familles arméniennes. Ils
réattaquèrent jusqu'à la prière de l'après-midi. Nous aperçûmes
100 cavaliers venir de Van par l'avenue d'Erzurum. Nous nous
dîmes "Par Dieu! ce sont les soldats ottomans, qui, entendant
les coup de fusils, viennent pour nous secourir." Mais
nous vîmes bientôt que c'étaient les soldats russo-arméniens
qui, prenant position, engageaient le combat. Au moment où
nous n'avions plus de balles, les Arméniens se mirent à martyriser
les Turcs et entrèrent au village. Environ de 3000 personnes
tentaient de s'enfuir et le village était en flammes. Les
Arméniens lançaient en l'air des enfants qui mourraient en
retombant sur la pointe des baïnnettes. Certaines femmes et
jeunes filles se jetèrent à la rivière et certaines autres
dans les herbes enflammées, dans lesquelles elles se retournaient
comme des hélices et chantaient "Venez les filles, c'est
la noce, aujourd'hui, c'est notre jour de noce, venez".
Ils brûlèrent
les femmes et les enfants innocents dans la paille enflammée.
Ils égorgèrent les autres comme des moutons, il ne restait
plus d'enfants. Je vous raconterai plus tard comment je me
suis sauvé. Les Arméniens massacrèrent sans exception tous
les gens, mêmes les animaux, et détruisirent et brûlèrent
tout le village jusqu'au soir. Ils déshabillèrent Seyyat Onbaþi
(le caporal), lui arrachcrent la peau des épaules en lui disant
"Le Sultan Reþad t'a envoyé un grade que nous t'arrachons
aux épaules." Ils lui coupcrent ensuite les bras, lui
firent des poches en lui dépouillant les deux jambes. Les
bandits dispersés r travers le village, pillcrent, massacrcrent
tous les Musulmans qu'il rencontrcrent, se livrcrent r toutes
sortes de méfaits sur les enfants et les jeunes filles et
les femmes, ainsi je me rappelle ma cousine Seher, l'épouse
du maire de village, Esma, la bru du beaufrcre de mon pcre,
Hayriye, l'épouse de mon oncle Ismail, Ayþe, et une nommée
Güllü, et les mirent toutes, r mort.
Quant r mon
échappée du massacre, en voici les circonstances: mon pcre
avait un ami arménien, s'appelant Kýrbe, habitant le village
Bardakçý, et auquel mon père avait fait beaucoup de bien.
Mon père était influent dans le village. Pendant le massacre,
le fils de Kýrbe, Asvador vint nous trouver; il nous mit à
l'abri, ma mère, la deuxième femme de mon père, qui était
alors soldat de réserve à la frontière iraienne, ma soeur
et moi-même, en disant aux Arméniens: ne touchez pas à ceux-là,
ils m'appartiennent "et il nous sauva ainsi de la mort.
Contrôlant bien que rien ne bougait, les assassins arméniens
quittèrent le village et Asvador nous avait fait à peine sortir
de notre cachette que nous entendîmes les cris de certains
blessés "pour l'amour de Dieu, n'y a -t-il personne pour
panser ma blessure, pour donner une goutte d'eau?"
Cet Arménien
nous emmena au village de Bardakçý, où nous nous reposâmes
un moment. Ma nièce Seher nous raconta sous serment. "Les
Arméniens venaient le soir dans notre village, choississaient
une dizaine de femmes parmi les 150, les enlevaient sous les
cris, les violaient jusqu'au matin et ler envoyaient au village.
Chaque fois subies ces abominations, les femmes, couverts
de sang, marchaient difficilement en s'étirant les jambes
et ne pouvaient plus s'asseoir". Elle ajoute encore:
"Les bandits venant à côté d'une femme qui cuisait du
pain dans le four, lui demandèrent ce qu'elle faisait. Elle
répondit "je fais du pain comme vous le voyez".
Ils dirent "il te faut aussi de la viande rôtie",
enfonçant la pointe de la baïnnette dans le ventre de l'enfant
nouveau-né, le jetèrent dans le four et le brûlèrent vif sous
les cris de sa mère.
Entre temps,
les Russes établirent un gouvernement russe à Van en nommant
Aram Paþa comme gouverneur et invitcrent tout le monde r venir
librement r Van et r prendre ce qui pouvait etre nécessaire.
Mon pere vint
r ce moment-lr au village de Hacik en compagnie de la division
de Halil Paþa, puis ils partirent pour un village du district
de Hoþap, croyant r la sincurité de l'invitation du Gouvernement
provisoire russe, vinrent r Van en compagnie de mes oncles
et virent que Van avait été complctement détruite et brulée.
Cette ville ancienne était au pied de la forteresse. Les Arméniens
et les Russes détruisirent tous les bâtiments, casernes, mosquées,
bains turcs et autres immeubles. Mon pcre vint au quartier
Haçbahan, ou se trouvaient les maisons et les magasins arméniens.
Arvador voit par hasard mon pcre r qui il dit "Bonjour
Halil Aga". Mon pcre répond "Bonjour Asvador, quelles
nouvelles as -tu de notre village"? Asvador répond "Par
Dieu! nous avons égorgé tous les villageois, sauf ta petite
femme, ton fils et ta fille, Mürife qui sont chez nous, je
les ai sauvés. Quand tu voudras, je te les donne." Mon
pcre lui dit": Puisque tu m'a fait cette faveur, amcne
les moi, car si je viens moi-meme, les Arméniens me tueront.
Lorsque Asvador vint le soir, il nous dit "Préparez-vous,
j'ai vu Halil Aga, je vous emmenerai chez lui. Asvador nous
fit monter en voiture a boeufs, et nous mena r Van et nous
remit r mon pcre. Je ne l'oblierai jamais, mon pcre nous emmena
r Hoþap, ou nous ne restâmes pas longtemps. Parce que les
Arméniens attaquaient par surprise tous les jours un village.
La plupart des gens émigraient vers la fronticre iranienne,
vers Mardin ou vers Diyarbakir et essayaient de sauver leur
vie.
- Monsieur
Ýbrahim, pourriez-vous nous renseigner sur ce qui s'est passé
à Van? A la première révolte, on démolit une partie de la
forteresse, on brûla complètement la ville, on constitua un
gouvernement provisoire arménien à Van. Comme vous étiez à
Zeve, vous n'avez peut-être pas vu ce qui s'est passé à Van,
comment le savez-vous?
- Je vous le
raconte. Les Arméno-Russes lancèrent des bombes sur la forteresse,
l'allumèrent. Nous étions à ce moment là au village de Bardakçý,
d'où nous vîmes l'incendie de Van. Les mosquées, les bâtiments
et les casernes étaient en flammes.
lls jetèrent
une partie des canons lorsqu'ils la prirent, incendièrent
la mosquée de la forteresse qui fut démolie. Ils bombardèrent
et incendièrent aussi la caserne de Hamitaða. Ils massacrèrent
tous les Musulmans, ne laissèrent aucun survivant, sauf certaines
femmes, qui se plaignirent des Arméniens aux Russes et qui
demandèrent la garantie de vie. Les Ruses montèrent la garde.
Les femmes ne comptaient plus sur les Russes. Les soldats
russes ne touchèrent pas l'honneur des femmes, mais les Arméniens
les souillèrent et tuèrent tous les enfants et les vieillards.
- Monsieur
ibrahim, quelles sont les raisans pour lesquelles les soldats
russes n'ont pas touché à nos femmes? Est-ce bien la présence
des Turcs dans l'armée russe?
- Oui, il y
avait des Turcs de Crimée et du Caucase, des soldats et des
officiers musulmans qui sauvegardaient nos femmes. Ils les
envoyèrent méme dans leurs propres villages. Par exemple au
village de Molla Kasým ils envoyèrent 30 femmes sur l50 pendant
les massacres. On a vécu des tragédies dans certains de ces
villages. Les Arméniens restèrent au village de Molla Kasým
jusqu'à ce que les soldats ottomans arrivent. Lorsque les
Russes se retiraient et qu'ils voulaient les emmener, ils
dirent "Non, allez et laissez-nous les armes et les munitions,
les canons et ce qu'il faut. Nous combattrons contre l'armée
ottomane". Les Russes quittèrent le pays en laissant
leurs fardeaux, après quoi, les Arméniens devinrent sans pitié
et continuèrent les massacres. Lorsque notre armée vint jusqu'à
Gevaþ par la voie de Bitlis et qu'elle commença à combattre
les Arméniens, ceux-ci s'enfuirent de Van et se retirèrent
par la voie de Muradiye à Kars. Ils partirent pour la Russie
et l'Iran. Cependant, certains Arméniens ne partirent pas
et restèrent dans les îles, Çarpanak et autres.
-Aviez-vous
des familles arméniennes dans le village?
-Non, aucune.
-Et bien, les
Arméniens instaurèrent un gouvernement provisoire avec les
Russes et le célébrèrent grandement. Où étiez-vous à ce moment-la?
-Nous étions
à Zeve.
-Combien de
personnes ont-elles eu la vie sauve à Zeve?
- A part moi,
6 femmes se sont sauvées la vie à Zeve. Personne d'autre,
femmes, enfants n'y restèrent. Nous devons notre vie à la
bienfaisance de mon père.
- On dit que
les Arméniens ont incendié la mosquée de la forteresse en
bas Cette mosquée était-elle Van ou à Zeve?
- Elle était
à Van. Mais les Arméniens incendièrent aussi plusieurs mosquées,
petites et grandes, celle de Zeve, les mosquées de Kayaçelebi,
d'Ulu Camii, de Hüsrev Paþa. Nous en voyons aujourd'hui des
traces.
- Est-ce qu'il
y avait des gens dans ces mosquées brulées?
- Bien sur
que oui.
- Dans les
mosquées de Zeve aussi?
- La plupart
des villageois s'y etaient réfugiés ou y furent entassés,
dont oncle Hamza, Derviþ et un de Derebey, je ne me rappelle
pas des autres. Nous avions un saint r Zeve: Sultan Hacý Hamza,
dont vous avez entendu le nom. Au temps où les Seyyid, venaient
dans la région de Þeyh Sadi Sýraci, Ebu Müslim s'efforça de
faire connaître l'Islam et instaura le couvent de Sultan Hacý
Hamza.
-On dit que
les villageois se réfugièrent dans ce couvent au moment des
massacres en pensant que les Arméniens ne peuvent pas les
tuer. Est-ce vrai?
-Ils se réfugièrent
au mausolée et non pas au couvent.
-On dit aussi
que les Arméniens mirent feu à ce mausolée, qu'est-ce que
vous en dites?
-C'est juste.
Ils incendièrent aussi le mausolée, mais trois personnes eurent
la vie sauve. On les laissa en pensant qu'elles seraient brûlées.
Les Arménins brûlèrent malheureusement tout sans distinction
de mosquèe ni de mausolée et ceux qui etaient dedans. Que
Dieu nous préserve de catastrophes pareilles!
13 Bayram
Kodaman; Abdulhamit Dönemi Eðitim Sistemi, l'auteur y
précise en page 125 qu'il y avait à Van en 1900 1 lycée américain,
2 écoles secondaires, avec 90 étudiantes et 121 étudiants;
en 1903, 255 étudiantes et 855 étudiants et dans tout le pays
55 écoles arméniennes. Maarif Salnamesi (Almanach de l'Instruction)
de 1871-1903, aux pages 688-691, prècise qu'il y avait à Van,
comme écoles étrangères, bien entendu des armeniennes, Eski
kilise, Hamparsan, Yenikilise, Hisasyan, Sandýkyan et aussi
deux écoles secondaires américaines, Protestante et Ritus,
et des écoles secondaires turques, Van, Hüsrev Paþa Topcuoðlu
et Askeri Rüþtiye.
14 Archives
de la Direction de Hazine-i Evrak (D.H.E), document, no.
110 D. 12, 870129-62 précise qu'il y avait aussi au lac de
Van 70 voiliers, transportant 20 à 30 passagers et qu'à la
première étape, sur les 1200 passagers turcs voulaient passer
à Tatvan, 5 seulement restèrent en vie. Un autre document
précise aussi qu'une autre fois, 50 voiliers partirent, mais
20 voiliers seulement parvinrent à Tatvan et que 1000 cadavres
flottaient éparpillés sur le lac.
15 Archives
de D.H.E., le document, no. 108 D.Ý, 19: 1272/385, précise
qu'après l'arrivée des Russes à Van, ces derniers hissèrent
un drapeau arménien et nommèrent un certain Aram, arménien,
comme gouverneur.
AYSE SEVIMLI
Nom du père : Derviþ
Nom de la mère : Hayriye
Lieu de naissance : Van-Zeve
(Zâviye)
Date de naissance : 1897
En attendant
l'arrivée des Arméniens, les villageois prirent des dispositions
autant qu'ils pouvaient le faire. Ils prirent position sur
les sommets. Le gouvernement distribua d'armes et munitions.
La population des sept villages s'entassèrent dans notre village,
de telle façon qu'il n'y avait plus de place pour bouger.
Un beau matin, on a dit que les Arméniens arrivaien. Les hommes
prirent les armes et crurirent aux positions, et luttèrent
contre les Arméniens. Nous n'avions pas de ravitaillement.
Ceux qui luttaient, furent martyrisés et les Arméniens entrèrent
au village. Ils entassèrent les gens dans les immeubles et
y mirent le feu en les arrosant du pétrole. Nous, nous étions
cachés dans une grange en bas, j'étais cachée sous un panier.
Les Arméniens tuaient tous ce qu'ils trouvaient. Ils tirèrent
sur la grange aussi, ma mère fut touchée par une balle, mais
ce n'était pas grave. Seules quatre personnes eurent la vie
sauvé, dont deux autres femmes avec nous.
Il paraît qu'ils
étaient au village de Bardakçý avant nous. Nous sortîmes dehors
vers minuit. Que vous en garde! Tout était en feu et les cris
montaient au ciel. Je vis que les Arméniens tranehaient les
cuisses d'un homme, en rigolant que e'élait des poches et
les épaules disant que c'était por des grades, et c'était
bien Seyyat Onbaþý. En nous rapprochant en cachette du village
avoisinant Bardakçý, sur l'autre rive de la rivière, sur la
prairie, je vis les Arméniens attacher les cinq hommes par
les mains, les fusiller, après quoi, les passer à la baonnettes,
Dieu vous en garde!. Ma mère leur donna tout ce qu'elle avait,
argent, bijoux... pour que les Arméniens ne nous touchent
pas. Ils nous emmenèrent par la suite avec les prisonniers
à Van, auxquels ils firent subir d'ignobles barbaries. Nous,
restâmes quatre mois. Et nous émigrames en avril 1918, date
à laquelle les soldats ottomans sauvèrent la ville.
HACI ZEKERÝYA KOÇ
Nom du père : Yakub
Nom de la mère : Nâdide
Lieu de naissance : Van-Ayanýs
Date de naissance : 1908
Nous étions
chez nous, dans notre village, lorsque les méfaits des Arméniens
avaient commencè. Ces régions étaient entourées de villages
musulmans, Zeve, Mollakasým, Ayanýs et dans certains villages
habitaient quelques familles arméniennes. Avant ces événements,
nous nous entendions bien avec les Arméniens. Nous avions
par exemple, de bonnes relations avec eux. Nous avions aussi,
de bonnes relations avec les villageois d'Alaköy, nous les
invitions au banquet, nous étions aussi leurs hôtes et il
n'y avait pas d'hostilité entre nous.
A la suite
de ces événements abominables, nous décidâmes d'émigrer de
Van. Nous nous rassemblâmes en quatre voitures, prîmes tout
ce que nous avions, partîmes vers le soir. Un homme dans la
rue nous demanda où nous allions et répondit "Ôh vous
ets sots; Où vous enfuyez-vous? Nous avons de cannon, des
fusils, des soldats, retournez chez vous." Sur cette
attitude, tout le monde se retourna chez soi. Trois jours
s’écoulèrent, le quatrièm sour nous étions chez ma grand-mère
où il y avait trois hommes de notre village. Ma grand-mère
mit du beurre sur les pains chauds nous étions en train dén
amangen, lorsque nous entendîmes un coup de fusil. Les hommes
dirent "C'est bien un fusil arménien qu'il résonne comme
du fer blanc, tandis que le nôtre ronfle, c'est très intéressant."
Pendant ce
temps quelqu'un vint de Molla Kasým et cria haut du village
"Qu'est-ce que vous attendez? Les Arméniens attaquent
par surprise les villages et les pillent." Entre temps,
le cousin de ma mère, Dursun vint. Une vielle femme lui demanda
"Dursun, mon fils, pourquoi es-tu venu?", Montrant
la balle enfoncée dans son pouce, Dursun répondit ainsi Les
Arméniens égorgent tout le monde, je me suis sauvé. Ils ont
attaqué le village à l'improviste, ils ont emporté nos moutons
qui pâturaient dans le cimetière du village arménien, Alaköy.
L'un deux est venu, tout près du cimetièré pour nous insulter.
En entrant
au village, les Arméniens entassèrent les hommes dans une
chambre de deuxième étoge. Leur chef était Hamados Paþa (qui
avait engagé des soldats mercenaires pris parmi les Kurdes
d'Iran) il ordonna r ses bandits ceci: "Ramassez les
garçons, âgés de plus de sept ans, emmenez-les chez les hommes
et mettez y le feu."
Les Arméniens
parlaient le Turc comme nous. J'avais alors sept ans. En me
couvrant d'une robe, ma mcre me cacha r côté d'elle. Nous
eumes ainsi la vie sauvé, mais les Arméniens choisirent quatre
ou cinq personnes, les emmencrent au milieu des hommes et
mirent le feu en arrosant du gaz. Les cris montaient au ciel.
Ils nous firent sortir dehors et se moquèrent de nous en disant:
"Mesdames, assayez-vous par ici et reposez-vous. Regardez
comment les chiens s'entr'égorgent. Ce qu'ils appelaient chiens
étaient les fils, les maris, les pères, les oncles de ces
femmes, qui demandaient secours à Dieu.
Ils nous y
laissèrent une heure. En passant à côté du cimetière, l'un
des mécréants disait ceci: "Mesdammes, écoutez bien,
je vais vous chanter une chanson" (Il répetait les larmes
aux yeux.):
Le pardon s'est
transformé en pardon,
Le pardon s'est
transformé en temps.
Votre bon temps
d'hier,
Est devenu
à eruer aujourd'hui.
Nous vîmes
en passant l'épouse de l'oncle de ma mère, battue par les
Arméniens, son bébé suspendu à son sein. Un Arménien vint
frapper le bébé à coups de baonnette et il mourût aussitôt.
Plusieurs Musulmans furent massacrés sur place du village.
Ceux qui pouvaient s'enfuir, se sauvaient. En arrosant de
pétrole, les mécréants les brûlèrent ceux qui ne pouvaient
pas s'enfuir. Ils nous firent asseoir un long moment là-bas.
Il y avait chez nous l'oncle de Hacý Ümmet, Hamza, qui avait
toujours le poignard sur lui. Au moment où les mécréants allaient
le tuer, il attaqua, bien sûr l'ennemi qui était devant lui,
ou bien il le tuerait oubien il serait tué. Ils l'attrapèrent
enfin. Ils le d'epecèrent. En lui coupant son organe, excusez-moi,
ils le lui mirent dans la bouche et lui coupant le son nez,
ils le mirent derrière lui.
Ils nous emmenèrent
ensuite le soir au village d'Alaköy, où ils nous mirent dans
une grange. Les enfants qui se trouvaient dans le convoi criaient
de faim. Nous apperçûmes que les mécréants coupaient les membres
des hommes qu'ils tuèrent et, après les avoir fait cuire,
les apportèrent pour nous les faire manger. Les enfants ne
comprenaient pas, mais les femmes les empéchèrent d'en manger
en disant qu'il vaut mieux mourir de faim que d'en manger.
Ils apportèrent enfin de l'eau à la grange très tard dans
la nuit. Les enfants pleuraient et criaient sur les épaules
de leurs mères. Ils firent couler l'eau du village dans la
grange. Le lendemain, ils nous firent sortir dehors toutes
trempées et elles firent sécher leurs vêtements sur des pierres.
Nous vîmes en bas les femmes prisonnières de Molla Kasým,
dont les hommes avaient été massacrés.
Les Arméniens
attaquaient ainsi à l'improviste les villages musulmans, tuaient
les hommes et emmenaient les femmes au village d'Alaköy, d'où
ils nous firent partir pour Van. Arrivées à la rivière de
Mermit, une partie des femmes s'y jetèrent plutôt que d'être
tuées par les Arméniens. Les infidèles ouvrirent le feu derrière
elles et les tuèrent. Ils cassèrent les bras et jambes de
certaines femmes qui voulaient se jeter à l'eau. Nous étions
ensemble, ma mère, ma tante ma grand-mère et moi. Ma soeur,
étant toute petite, ma mère voulut se jeter à l'eau, mais
ma grand-mère l'empêcha de le faire. Du reste, les Arméniens
avaient fait des obstacles d'herbes sèches pour empêcher les
femmes de se jeter à l'eau. Un Arménien vint nous demander
de quel village nous étions. Ma grand-mère ne dit rien, mais
il insista et ma grand-mère répondit alors: "Nous sommes
du village d'Ayanýs, mon mari s'appelle Muhiddin, mes fils
Yakup et Niyazi". Ecoutant cela, l'Arménien, tenant les
pans de la robe de ma grand-mère, dit alors "je ne voudrais
pour rien au monde qu'un péril vous touche." A notre
étonnement, il raconta: Les Arméniens sont venus en huit voitures
de Bahçesaray à Van. Les gens voulaient tuer les Arméniens
qui se trouvaient dans ces voitures, mon père les en auraient
empêchés et emmenés jusqu'à Van. Après quoi, il retourna au
village.
Cet Arménien
nous donna un peu de pain et du fromage ou du yogourt, si
je me rappelle bien. Les Arméniens nous emmenèrent le soir
au village de Bardakçý, et là nous nous couchâmes sur la place
du village, ils montèrent la garde, comme s'il avaient peur
des femmes. Nous étions 700 à 800 personnes. Ils nous emmenèrent
dans l'après-midi près de la forteresse de Van. Ils nous installèrent
à la caserne à trois étages, où il y avait un bon nombre de
Musulmans, considérés comme des prisonniers. Une jeune mariée
venait d'accoucher dont le bébé, était accroeté à la baïonette,
fut jeté par les Arméniens en bas, où il disparut. Nous restâmes
cinq jours là-bas et un jour dans l'après-midi, ils nous emmenèrent
à la prairie, comme des animaux, où nous mangeâmes, faute
de faim, tout ce que nous trouvâmes comme herbes sauf l'euphorbe.
Cinq jours après, ils ammenèrent là encore plusieurs familles
et nous emportèrent dans l'après-midi à la caserne de Hacý
Bekir près de la résidence du gouverneur.
Ils y emmenèrent
également la population musulmane du village de Pûrüt. Ils
nous distribuaient du pain, dans lequel ils mettaient de l'alun,
du soufre et d'autres choses et 60 à 70 personnes aux ventres
gonflés mouraient tous les jours. Ils creusèrent un endroit
profond, où ils jetaient les cadavres transportés sur des
brancards. L'Arménien, dont je viens de parler, vint nous
trouver. Ma grand-mère lui dit:"oh mécréant! que tu nous
aides ou pas, aucune importance. Moi, j'ai perdu deux fils
au service militaire, vous, vous avez massacré mon mari et
plusieurs personnes de ma famille!" L'Arménien nous nourrit
durant quelques jours, apporta des repas, et les gens affamés
se ruaient sur la nourriture.
Une semaine
s'écoula et encore, les Russes arrivèrent. Un jour, un chef
de bataillon, un capitaine et deux secrétaires se rendirent
au milieu des prisonniers, les comptèrent et les enregistrèrent.
Le lendemain matin, ils nous donnèrent du pilaf avec de la
viande et placèrent une sentinelle. Les Russes nous demandèrent
quels étaient nos villages et dirent qu'il nous y emmèneraient.
Mais ils accédèrent à notre désir d'aller tous au village
de Molla Kasým, nous ne voulions pas aller dans nos propres
villages par peur des crimes commis par les Arméniens. Ils
nous montèrent le matin sur 70 à 80 voitures à chevaux et
envoyèrent au village de Molla Kasým, d'où nous ne pûmes pas
partir pour nos villages toujours par peur des Arméniens.
Nous choisîmes parmi nous un maire de village, et nous vécûmes
malheureux jusqu'à l'arrivée des soldats turcs à Van, après
quoi, nous nous mîmes à reconstruire nos villages, démolis
et incendiés par les Arméniens.
HÝKMET SAYLIK
Nom du père : Ziver
Nom de la mère : Þöhret
Lieu de naissance : Van Gülsünler
Date de naissance : 1901
Je suis du
village anciennement dit de Þeyhkara, nouvellement dit, de
Gülsünler, d'ou nous partîmes lorsque les Arméniens attaqucrent
r l'improviste les villages et massacrcrent les Musulmans.
En allant vers Van, les Arméniens nous coupcrent le chemin
et nous nous en retournâmes. Un groupe de villageois (300
personnes) partit pour Zeve et certains autres retourncrent
au village. Nous nous enfuîmes par convoi r Hoþab, ou il y
avait des soldats turcs, qui nous dirent de quitter la ligne
de feu. Nous partîmes, non sans mille difficultés, pour Siirt.
Les émigrants bien sur perdirent plusieurs des leurs r cause
de la maladie et de la faim. De lr nous parvînmes r Diyarbakir,
puis r Mardin et enfin r Adana. A la suite de l'occupation
d'Adana par les Français, nous allâmes r Konya. Le gouvernement
nous fit envoyer r Mersin. A la suite de l'entrée de l'armée
turque, nous retournâmes r Van, devenue, comme ses villages,
une ville morte, détruite, et incendiée. Les Arméniens martyriscrent
300 Musulman dans notre village. Entassant les gens dans les
maisons ils les brulcrent. Une partie de la population de
Van émigra et l'autre partie fut massacrée par les Arméniens.
Tous les Arméniens ne partirent pas, certans d'entre eux habitaient
dam les villages, par exemple Alaköy. Mais les Musulmans ne
leur firent aucun mal. Le Gouvernement Turc les envoya ensuite
en Russie. Il y eut beaucoup de martyrs de ma famille dans
ce village, ma mcre, mon pcre, mon oncle, Mustafa et d'autres.
Nous émigrâmes r trente ou quarante familles et nous ne revînmes
qu'r dix familles. Ceux qui étaient restés ici et ceux qui
qui étaient allés r Zeve furent complctement massacrés. J'ai
trouvé ici les squelettes des 200 Musulmans, tués par les
Arméniens. Je les ai enterrés ici. Mais je n'ai pas pu mettre
une pierre r leurs mémoire. Il y a parmi eux ma mcre et mon
pcre, plusieurs personnes de ma famille et des villageois
qui furent brulés par les Arméniens.
MEHMET ÞAAR
Nom du père : Tevfik
Nom de la mère : Rukiye
Lieu de naissance : Van-Göllü
Date de naissance : 1901
Je suis du
village de Göllü. Les Arméniens se trouvant à Van, en Erzurum,
passèrent à l'action à la suite du départ de l'armée ottomane,
se trouvant à Van, en Erzurum. Nos mères et nos pères furent
tous massacrés par les Arméniens. Mon père, sergent de gendarmerie,
fut également martyrisé dans la région. Tous les villageois
de Molla Kasým, Amik, Þeyhayne, Göllü, Hýdýr, Kurtsatan, Köprüköy
furent massacrés. Une partie de nos villageois, se réfugiant
à Zeve, fut martyrisée là-bas. Nous pûmes nous enfuir. Les
Arméniens commirent toutes sortes d'atrocités sur ceux qu'ils
emmenèrent comme des prisonniers. Fendant les ventres des
femmes enceintes, ils accrochèrent les foetus à la pointe
des baonnettes. En attaquant tous les villages, ils les incendièrent.
Ils massacrèrent tout le monde sans distinction, femmes, enfants,
jeunes et vieillards. Les Musulmans des villages, que je viens
d'énumérer, et les nôtres s'enfuiyant de leurs villages, s'efforçaient
de traverser le pont d'Ablengez, qui fut incendié par les
Arméniens, et ma mère et mes deux soeurs et moi-même nous
eûmes la vie sauve.
Ayant tué les
prisonniers, les Arméniens les jetèrent dans la rivière d'Ablengez
et leurs cadavres furent déversés le printemps dernier dans
le Jac de Van par les eaux provenant de la fonte des neiges.
Ma mère, mes deux soeurs et moi-même et avancions dans la
journée entre les semailles et dans les vallées en nous frottant
coutre à la terre et nous nous reposions le soir dans les
montagnes. Parce que nous savions très bien que les Arméniens
nous tueraient s'ils nous attrapaient. En nous enfuyant à
Diyarbakýr, je perdis ma mère, ensuite ma soeur. Nous restâmes
avec ma deuxième soeur pendant trois ans et la quatrième année
nous nous en retournâmes à Van, dont tous les villages musulmans
avaient été démolis et incendiés, les villages arméniens,
n'ayant pas été incendiés, etant en bon état, nous y vécûmes
jusqu'à l'arrivée de l'armée ottomane. Nous revînmes par la
suite dans notre village que nous reconstruisîmes de nos propres
mains.
Nous ne pouvons
trouver aucun mot pour raconter les atrocités arméniennes,
par lesquelles nous avons perdu nos familles, nos immeubles,
nos meubles. Moi-même j'ai perdu non seulement ma mère, mon
père, mes deux soeurs, mais aussi plusieurs personnes de ma
famille, qui ont fait partie des millers de Musulmans qui
ont été massacrés en s'enfuyant de-ci et de-là. Des milliers
de Musulmans montés sur des voiliers au village de Parkat,
près d'Adilcevaz, ont été dramatiquement égorgés, massacrés
par les bandes arméniennes.
KADRÝYE DURAN
Nom du père :Hamid
Nom de la mère :Nigâr
Licu de naissance :Van-Kavunlu
(Çaravanis)
Date de naissance :1904
J'avais dix
ans pendant l'émigration. Avant notre départ, un matin, les
Arméniens du village de Deðirmen où habitaient 80 familles
arméniennes et 3 familles musulmanes, ramassèrent les Musulmans,
les massacrérent et les jetèrent dans un puits.Ils dépouillèrent
sur les cuisses des jeunes gens des poches les clouérent de
leurs fronts sur les murs.Parmi les 30 victimes, une femme
fut sauvée et dont le beau-pére habitait ce fameux village
de Deðirmen, elle vint raconter ce que les Arméniens avaient
fait à son maître. A cause de cela, nous nous disputâmes avec
les Arméniens habitant notre village, quelques Arméniens furent
tués. Sur les événements du village de Deðirmen, mon pére,
prépote du village, fit distribuer par précaution une arme
à chaque maison. Comme il y avait plusieurs villages arméniens
dans les alentours et de peur d'une attaque arménienne par
surprise, la population musulmane se réunit dans la mosquée,
fit des remparts en remplissant des sacs de sable.
Cependant deux
gamins arméniens, que nous ne voulions pas tuer sans raison,
furent enfermés dans une maison dans laquelle ils y creusèrent
un tunnel, s'enfuirent au village de Deðirmen et racontèrent
les dispositions prises dans notre village. Les Arméniens
des trois village, Deðirmen, Farih et un autre, dont le nom
m'échappe, atttaquèrent notre village. Nous nous battîmes
durant plus d'une heure. Les Arméniens trop nombreux tinrent
le pont de la rivière et attaquèrent le mausolée. La rivière
débordait des eaux de la fonte de neige. Ma mère traversa
difficilement la rivière dont l'eau lui montait jusqu'à la
gorge et où les enfants suffoquaient. Dans cet enfer les gens,
aux membres épars, eurent les bras, les jambes, les têtes
fracassés. Les mécréants les jetèrent à Buðday Tepe où l'on
voyait comme des montagnes de cadavres. Mon père monta à cheval,
partit pour Van en passant par Akköprü et en evitant le village
arménien de Sýhke. Racontant la situation dans laquelle se
trouvait notre village, il demanda au secours du gouverneur
de Van, Cevdet Paþa. 100 soldats vinrent à notre secours,
mais les Arméniens s'étaient déjà enfuis. Nous nous réfugiâmes
au village de Dýrandýð, où nous passâmes la nuit. Le lendemain
mon père demanda aux autorités locales si nous pouvions rentrer
chez nous, qui nous conseillèrent de ne pas y rentrer. Nous
fûmens ainsi des "émigrants".Mes soeurs et moi nous
nous habillâmes avec des vêtements d'homme et nous nous mîmes
en route.
Au moment où
nous passions par Edremit, les mécréants attaquèrent Van,
qui fut par la suite incendiée, dont les flammes des maisons
montaient au ciel. Nous étions à peine partis d'Edremit, qu'ils
l'attaquèrent à son tour. En passant par Bitlis, Siirt, Diyarbakýr,
nous arrivâmes à Siverek, où nous demeurâmes trois ans. Nous
étions huit émigres. Mon oncle Ali Çavuþ, fut prisonnier en
route, les autres périrent sur les routes et ne nous ne fûmes
que deux, ma mère et moi à retourner à Van. Nous n'étions
pas les seuls à souffrir. Les Musulmans de Van, d'Edremit
et des villages de Van, périrent sur les routes, ceux qui
purent s'enfuir, mouraient de faim, de soif, de froid ou des
bandits et ceux qui restèrent chez eux, des atrocités arméniennes.
A notre retour
à Van, ma mère et moi, nous vîmes que la ville était déserte,
quelques personnes par-ci, par-là, les quartiers et les maisons
étaient vides, il n'y avait rien à manger, ni pain, ni blé,
ni farine. Nous rentrâmes obligatoirement chez nous, au village
de Çoravanis. En cassant les noyaux amers, en les faisant
bouillir, nous essayions d'apaiser notre faim. Les mécréants
emportèrent tout ce qu'ils avaient trouvé comme meubles, aliments,
animaux et ils incendièrent les immeubles. Nous voyant seules
dans le village, un cavalier nous dit qu'il y avait des céréales
au village d'Ýskele. Nous y partîmes avec ma mère, achetâmes
60 kilogrammes de farine, qui d'ailleurs nous fut volée. Pendant
ce temps, les Arméniens n'étaient pas tout à fait retirés
et il y avait encore partout des bandits. Nous allâmes un
jour à la montagne d'Erek pour ramasser des fruits crus que
nous voulions échanger contre du pain avec les soldats turcs.
Nous rencontrâmes six cavaliers arméniens qui étaient prêts
à nous tuer, mais comme il se mit à pleuvoir et ensuite à
grêler, ils nous quittèrent et nous nous cachâmes dans une
caverne.
Dieu seul sait
ce que nous avons eu à supporter. Trois ans après, mon frère
aîné rentra. D'après ce qu'il nous racontait, les Arméniens
voulaient le tuer, mais le, Russes ne les avaient pas laisser
le faire. Ils le firent travailler à la construction des routes
Caucase. Nous nous sommes mis à reconstruire notre maison
et à labourer nos terres.
ABDÜLBÂRÎ BARLAS
Nom du père :Mehmed Emin
Nom de la mère :Ayþe
Lieu de naissance :Van Saðlamtaþ
Date de naissance :1919
D'après ce
que j'ai entendu de mon père, les Russes occupaient certaines
régions, mais comme il n'y avait pas de moyens de télécommunication
à ce temps-là, nos villageois ne savaient pas jusqu'où l'ennemi
était arrivé. Mon père dit à son cousin Abdülkadir: "Mon
fils, je suis malade, mon frère (mon oncle aîné) est soldat
en Iran et se bat contre les Russes. Vast rapporte-nous des
nouvelles. Abdülkadir est part:, Il va jusqu'à la rivière
derrière le sommet, d'où il voit les tribus rassemblées et
reutent. Il dit à mon père:"Les tentes de Talat Aða sont
démontées et ils s'en vont". Mon père décide alors d'émigrer
et se préparent. Comme au printemps les boeufs et les chevaux
n'étaient pas prêts pour l'attelage, ils se fatiguent vite
et ils s'arrêtent au sommet qui se trouve au sud-est du village.
La plupart des villageois renoncent à partir. L'imam (religieux
musulman) du village demande à mon père: "Où est le Russe,
où est l'Arménien, pourquoi vous enfuyez-vous?" Mon père
repond ainsi: "Ce n'est pas une guerre de, tribu. C'est
la guerre du Russe et celle de l'Arménien. Nous n'avons ni
canon, ni arme, aussi sommes-nous obligés, bien sûr, de partir."
Le lendemain matin, mon père et la famille du Þeyh (Saint)
attellent les boeufs et se mettent en route. 38 familles restent
et le lendemain aperçoivent que les Russes et les bandes arméniennes,
comme leurs avant-gardes, cernent le village. Tout le monde
s'inquiète pour sa vie, tous en tenant les mains de leurs
enfants, s'enfuient vers la rivière. Mais des cavaliers les
cernent et, en ramassent enfants, femmes, hommes, jeunes et
vieillards, ils les emmènnent vers une maison sur le sommet.
Deux Arméniens à la baonnette, montant la garde, possent tout
le monde par force dau la amaisonnette, ils lesy martyrisent.
Une femme et
une fillette, bien que blessées, se trouvent parmi les morts,
elles gardent le silence, ne bougent pas et se sauvent ainsi.
La femme s'appelle Azime et la fillette Ruþen. Aux dires de
Azime Hanim, elle appella la nuit au clair de lune et la fillette
est la seule r lui répondre. Toutes les deux font un long
voyage, plein de difficultés, qui se termine r Siirt. C'est
une histoire trcs longue r raconter. L'endroit ou reposent
ces martyrs est connu, mais nous ne savons pas pour le moment
sous les débris de quelle maison. Or ce n'est pas r cet seul
endroit, que reposent les martyrs, mais partout ailleurs jusqu'au
sommet, comme je viens de le raconter. L'année possée nous
avons méme trouvé une baonnette russe.
La famille
de mon pcre et celle de Þeyh sont allées r Farikin, qui dépend
de Diyarbakir. Les Arméniens se sont enfuis r l'arrivée de
l'armée ottomane. Les deux familles sont rentrées r Saglamtaþ
ou elles ont labouré des terres qu'elles ont louées et elles
ont récolté beaucoup de céréales. A la suite d'une maladie
contagieuse, le gouvernement les a envoyées r Konya ou elles
sont restées trois ans.
Le cousin de
mon oncle, Abdülhamit BARLAS, nousa montré ci-aprcs la photographie
de l'endroit ou les villageois de Saðlamtaþ ont été massacrés.
Ceux qui sont rentrés au village après l'émigration ont trouvé
d'innombrables squelettes dans cet endroit 17. Ces squelettes
ont été recouverts de terre quelques temps après.
17. 38 familles,
dont 150 à 200 personnes environs, ont été massacrés dans
ce village.
SAÝT KAYA
Nom du père : Ahmed
Nom de la mère : Emine
Lieu de naissance : Van-Erciþ
Date de naissance : 1898
Je suis d'
Erciþ. Les Arméniens revoltcrent et résolurent de massacrer
les Musulmans qui se rendraient r la pricre du vendredi. Ayant
apprin ce plan, par avance les Musulmans ramasscrent les chefs
des bandits et les passcrent par l'épée. Je dis bien "les
chefs", parce que notre religion nous empeche de tuer
les enfants, les femmes et les gens innocents, sans armes.
Plus tard, l'un des chefs arméniens, Niþan, aurait avoué ce
plan en présence du sous-préfet d'Erciþ, en disant au pretre
arménien ces mots: "Oh pretre! Tu ne nous as pas laissé
faire, nous les aurions massacrés vendredi dernier".
Nous émigrâmes
au printemps et nous nous sauvâmes. Mais les Arméniens ramasscrent
ceux qui restaient, les entasscrent dans des immeubles auxquels
ils mirent le feu. Beaucoup de Musulmans furent ainsi massacrés,
brulés, les immeubles démolis et les animaux tués. Comme nous
avons émigré de bonne heure, nous n'avons perdu personne de
notre famille, mais plusieurs Musulmans perdirent la vie en
route. Nous partîmes pour Diyarbakýr, ensuite pour Urfa, où
nous demeurâmes trois ans, et en passant par Antalya, comme
nous n'avions pas de bonnes relations avec les habitants,
le gouverneur ne nous accepta pas, nous repartîmes pour Denizli,
où enfin nous restâmes huit ans entiers. De retour à Erciþ
douze ans après, nous retrouvâmes les immeubles démolis, brûlés,
et en travaillant, nous les avons reconstruits avec beaucoup
de peine comme vous le voyez.
YAMÝN TOSUN
Nom du père : Osman
Nom de la mère : Haným
Lieu de naissanee : Van-Erciþ-
Haydarbey
Moi, je suis
du village de Haydarbey, dépendant d'Erciþ. A la suite de
l'arrivée des Russes et de la rébellion arménienne, nous émigrâmes
r Urfa, ou il y avait de la famine; mon pcre, ma mcre et mon
frcre y perdirent la vie. Aprcs la Révolution russe, les Arméniens
prirent leurs places en Anatolie orientale. Mais lorsque 1'armée
turque les chassa jusqu'r Revan, nous retournâmes dans notre
village. Nous trouvâmes Erciþ, tous les villages musulmans
et le nôtre également démolis et brulés. Comme nous avions
émigré, nous ne vîmes pas les atrocités arméniennes, commises
contre la population musulmane. Mais d'aprcs ce que nous avons
entendu, les Arméniens avaient massacré beaucoup de Musulmans,
et nous nous sommes aperçus r notre retour de la situation
lamentable des villages.
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